Paris se mobilise contre les exécutions fédérales américaines

Plaidoyer

le 10 juillet 2009

Le 2 juillet 2009, les militants de l’ACAT-France et de la section française d’Amnesty International se sont symboliquement allongés sur la place de la Concorde, à Paris, à deux pas de l’ambassade des Etats-Unis.
Cette manifestation de solidarité avec les abolitionnistes américains commémore la décision de la Cour suprême des Etats-Unis, le 2 juillet 1976, d’autoriser la reprise des exécutions après un moratoire de quatre ans.
Organisée avec le soutien de la Coalition mondiale et nombre d’organisations abolitionnistes basées en France*, elle bénéficiait cette année du soutien exceptionnel du Conseil de l’Europe.

Interpellation d’Eric Holder pour un geste symbolique fort

L’ACAT-France et Amnesty International France ont demandé à l’Attorney General (ministre de la justice américain) Eric Holder un geste fort en déclarant un moratoire sur les exécutions fédérales, qui viendrait conforter la nouvelle image que les Etats-Unis souhaitent montrer au reste du monde.
Les organisations l’ont également invité à soutenir le projet de loi du sénateur du Wisconsin, Russ Feingold, en faveur de l’abolition au niveau fédéral.
Si les États-Unis restent un des cinq pays qui exécutent le plus au monde, d’importantes évolutions ont eu lieu ces dernières années : le nombre de condamnations à mort est en baisse constante, certains États ont suspendu les exécutions.
Depuis le début de l’année, le Nouveau-Mexique a aboli la peine de mort et huit autres États ont introduit des projets de loi pour en faire de même.
Par ailleurs, la multiplication des cas de condamnés à mort innocentés, les discriminations flagrantes du système judiciaire américain et le coût de ce système dans un pays en crise sont venus remettre en question les fondements de la peine de mort, y compris auprès de ses partisans.
En 2000, alors qu’il était Attorney General adjoint, Eric Holder s’était déclaré en faveur d’un moratoire sur les exécutions fédérales. Il réagissait à la publication d’une étude montrant que les minorités ethniques étaient très largement surreprésentées dans les cas de peine de mort fédérale.
"Je ne peux qu’être perturbé, à la fois personnellement et professionnellement, par les chiffres que nous discutons aujourd’hui," avait-il déclaré.
De son nouveau fauteuil d’Attorney General, il peut décider ou non de requérir la peine de mort contre les criminels relevant du gouvernement des Etats-Unis et non d’un Etat particulier. Le président américain peut accorder sa grâce aux condamnés à mort fédéraux.

"Si vous n’étiez pas là, je ne serais pas être libre aujourd’hui"

Les militants parisiens ont présenté leurs revendications dans une mise en scène résolument optimiste, montrant l’isolement croissant des États qui continuent à procéder à des exécutions.
Visiblement très ému, Joaquín José Martinez (photo), ancien condamné à mort de Floride, innocenté et libéré en 2001, est venu témoigner de l’importance de la mobilisation internationale.
"C’est grâce à cette mobilisation que je suis libre aujourd’hui et que je peux parler devant vous," a-t-il affirmé. Il a également rappelé qu’il existe aujourd’hui aux Etats-Unis de plus en plus de gens qui remettent en question la peine de mort, qu’ils soient avocats, magistrats, députés ou simples citoyens, et qu’il est fondamental de leur tendre la main.

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