ÉTATS-UNIS/CALIFORNIE : 46 ORGANISATIONS INTERNATIONALES APPELLENT LE GOUVERNEUR À COMMUER TOUTES LES CONDAMNATIONS À MORT
Déclaration
Déclaration, le 30 juillet 2026
Nous, les 46 organisations soussignées, vous écrivons aujourd’hui pour vous demander d’agir immédiatement afin de mettre fin à la menace d’exécution qui pèse sur plus de 550 personnes actuellement condamnées à mort en Californie. Votre décision de commuer toutes les condamnations à mort dans l’État américain comptant le plus grand nombre de personnes condamnées à mort changerait non seulement de manière significative le visage de la peine de mort aux États-Unis, mais enverrait également un signal fort à l’échelle internationale et nous aiderait à faire avancer la cause de l’abolition à l’échelle mondiale.
Nos organisations œuvrent de concert au sein de la Coalition mondiale contre la peine de mort, présente dans toutes les régions, en tant qu’alliance regroupant notamment des personnes innocentées qui avaient été condamnées à mort, des proches de personnes condamnées à mort ainsi que des familles de victimes de crimes, des ONG, des barreaux, des collectivités locales et des syndicats.
Nous sommes confronté∙es quotidiennement aux cruelles réalités de la peine de mort, ainsi qu’à une opinion publique hostile et à des appels vindicatifs à la vengeance. Nous sommes alarmé∙es par la montée en puissance de discours déshumanisants sur la sécurité publique, qui voient souvent la peine de mort exploitée par les autorités comme un instrument de peur et de contrôle, une arme tirée du répertoire autoritaire visant à consolider le pouvoir en place.
Nous sommes uni∙es dans notre opposition inconditionnelle à la peine de mort, que nous considérons comme une violation des droits humains, et nous rejetons totalement les représentations erronées qui la présentent comme un moyen de dissuasion particulièrement efficace contre la criminalité, détournant ainsi des ressources qui pourraient être consacrées à des mesures visant à s’attaquer aux causes profondes du problème et à rendre notre société plus sûre.
Au niveau international, nous avons suivi avec attention les mesures que vous avez prises concernant la peine de mort. Depuis le moratoire sur toutes les exécutions que vous avez instauré en 2019, peu après votre entrée en fonction, lorsque vous avez qualifié le système californien de peine de mort d’« inéquitable, injuste, coûteux, interminable et [qui] ne rend pas notre État plus sûr », et votre objectif ultime d’y mettre fin ; en passant par votre reconnaissance sans équivoque, devant la Cour suprême de Californie, de la discrimination omniprésente dans le système pénal de l’État ; jusqu’à votre soutien aux amendements législatifs visant à renforcer les garanties dans les affaires de peine de mort.
Dans nos rôles et responsabilités respectifs, nous faisons chaque jour le choix conscient de vivre selon nos valeurs. Nous choisissons de ne pas nous laisser définir par la peine de mort, même lorsque nous sommes confronté∙es à la résistance, que nous sommes mis∙es au ban de la société et même lorsque certains et certaines d’entre nous reçoivent des menaces de mort en raison de notre militantisme.
Nous ne sommes pas seul∙es. Nous marchons sur les traces de géants — celles et ceux qui nous ont précédé∙es et ont tracé des chemins indélébiles vers la justice. Ils et elles se sont battu∙es pour les libertés civiles, la justice raciale, la dignité humaine et les droits humains. Ils et elles ont osé imaginer un monde libéré de ce qui a été décrit comme « une justice qui tue ». Robert Badinter, ministre français de la Justice (1981–1986), a évoqué ce choix lorsqu’il a mené la campagne en faveur de l’abolition de la peine de mort devant l’Assemblée nationale française :
« Le choix qui s’offre à vos consciences est donc clair : ou notre société refuse une justice qui tue et accepte d’assumer, au nom de ses valeurs fondamentales – celles qui l’ont faîte grande et respectée entre toutes –, la vie de ceux qui font horreur, déments ou criminels ou les deux à la fois, et c’est le choix de l’abolition ; ou cette société croit, en dépit de l’expérience des siècles, faire disparaître le crime avec le criminel, et c’est l’élimination. Cette justice d’élimination, cette justice d’angoisse et de mort, décidée avec sa marge d’hasard, nous la refusons. Nous la refusons parce qu’elle est, pour nous, l’anti-justice, parce qu’elle est la passion et la peur triomphant de la raison et de l’humanité. » (1981)
Avant lui, le révérend Dr Martin Luther King Jr. l’avait déclaré avec tant de force :
« Rendre la haine par la haine ne fait que multiplier la haine, ajoutant une obscurité plus profonde à une nuit déjà dépourvue d’étoiles. Les ténèbres ne peuvent chasser les ténèbres ; seule la lumière le peut. La haine ne peut chasser la haine ; seul l’amour le peut. » (« Aimer ses ennemis », 1957).
Ces paroles continuent de nous guider, car elles nous appellent à résister au cycle de violence et de représailles dont la peine de mort est l’incarnation même.
Vos derniers mois à la tête du gouvernement de Californie vous offrent une occasion unique de laisser une empreinte durable sur la question de la peine de mort aux États-Unis et à l’échelle internationale, en prenant des mesures pour commuer toutes les condamnations à mort dans cet État américain qui concentre près d’un tiers du total national.
Malgré les revers et la hausse alarmante du nombre d’exécutions à l’échelle mondiale auxquels nous avons été confronté∙es, nous avons plus que jamais l’espoir d’être engagé∙es sur une voie inéluctable vers l’abolition universelle. Nous vous demandons de faire preuve de leadership pour lancer le processus de commutation de toutes les condamnations à mort en Californie et d’ajouter une nouvelle pierre à notre édifice collectif visant à construire un monde exempt de cette « justice » qui tue.
Cette lettre ouverte est cosignée par :
1. ACAT Belgique
2. ACAT Burundi
3. ACAT Canada
4. ACAT Tchad
5. L’ACAT République centrafricaine
6. ACAT RDC
7. ACAT France
8. ACAT Allemagne
9. ACAT Libéria
10. ACAT Luxembourg
11. ACAT Suisse
12. ACAT Royaume-Uni
13. The Advocates for Droits humains
14. Amnesty International
15. Réseau asiatique contre la peine de mort (ADPAN)
16. Groupe des droits humains du Baloutchistan
17. Chefs d’entreprise contre la peine de mort
18. Capital Punishment Justice Project (Australie)
19. Centre d’observation des droits de l’homme et d’assistance sociale (CODHAS-RDC)
20. Coalition des défenseurs des droits humains somaliens (CSHRD)
21. Ordre des avocats de Porto Rico
22. Centre Cornell sur la peine de mort dans le monde
23. Collectif français « Libérons Mumia »
24. Coalition allemande pour l’abolition de la peine de mort (GCADP)
25. « Hands off Cain »
26. Droits humains Dallas
27. Humanity Diaspo
28. Coalition italienne contre la peine de mort
29. Fédération italienne des droits humains (FIDU)
30. Commission kenyane des droits humains (KHRC)
31. LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humains)
32. lifespark (mouvement contre la peine de mort) – Suisse
33. MADPET – Malaisiens contre la peine de mort et la torture
34. Réseau maldivien pour la démocratie (MDN)
35. Observatoire burundais des prisons (OBP)
36. Parliamentarians for Global Action (PGA)
37. Comité Paul Rougeau (Italie)
38. Prison Radio / The Redwood Justice Fund
39. Redemption Pakistan
40. SOHRAM-CASRA (Centre d’action sociale, de réhabilitation et de réadaptation pour les victimes de la torture et de la guerre)
41. Programme des droits humains de l’université méthodiste du Sud
42. Stand Up Jamaica
43. Société pour les droits humains et le développement (SHRDO)
44. Groupe de travail sur la justice transitionnelle (TJWG)
45. Coalition mondiale contre la peine de mort
46. Initiative de sensibilisation à la sécurité des jeunes (Crime Si Poa)

